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Une expérience muséale du vide

Vides – Une rétrospective
Art & Language, Robert Barry, Stanley Brouwn, Maria Eichhorn, Bethan Huws, Robert Irwin, Yves Klein, Roman Ondak, Laurie Parsons

Jusqu’au 23 mars 2009

[fnac:http://plateforme.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Musee-et-Exposition-BILLET-MUSEE—EXPOSITIONS-MUSEX.htm]

Centre Georges Pompidou, niveau 4, Place Georges Pompidou 75004, 10€

Ils ont oser le faire! Le « comité curatorial », comme s’auto-appellent les six membres institutionnels et artistiques* qui ont lancé l’idée d’une exposition rétrospective sur le concept du vide dans l’histoire de l’art moderne, a choisi le prestigieux musée national d’art moderne pour monter une exposition, visible de par son contenant, mais immatérielle de par son contenu! Pourquoi accepter de visiter cette exposition alors que vous n’y verrez (presque) rien?

Bien sûr, il y aura les réfractaires qui décideront de ne rien y voir puisque il n’y a concrètement rien à voir, hormis une succession de neuf salles, toutes aussi vides les unes que les autres.

Mais, pour ceux que la curiosité et l’ouverture d’esprit titillent, cette expérience du vide, ou plutôt des vides, ne sera pas vaine.

Délibéremment située au niveau 4 du Centre Pompidou, soit au coeur du musée national d’art moderne, « Vides – Une rétrospective », s’expérimente – car il s’agit bien de mettre en alerte tous ses sens -, après avoir traversé les salles présentant la collection permanente. Ce contraste entre le plein et le vide rend d’autant plus forte la présence de l’absence, contenue dans l’exposition « Vides ».

De fait, Laurent Le Bon, conservateur au Centre Pompidou, espère que cette vision des cimaises blanches rendra le visiteur plus réceptif aux oeuvres visibles dans la collection permanente. Car, comme il le remarque dans le catalogue – conçu comme partie intégrante de l’exposition et relativement indispensable à sa compréhension -, le public ne vient pas toujours au musée pour observer l’art, notamment lors des vernissages. D’autres ont tendance à « découvrir les oeuvres, parfois dans le seul but de les reconnaître plutôt que de les regarder ».

Dans le contexte actuel de surproduction, cette exposition du vide présente le mérite de couper court à la logique de rentabilisation des murs. L’artiste conceptuelle Mai-Thu Perret relève que lorsque le comité a présenté son projet à plusieurs institutions, les commissaires étaient bien plus emballés que leurs directeurs! Et Laurent Le Bon de s’écrier: »Vides est un antiblockbuster »!
Pied de nez à la crise actuelle, cette exposition a été programmée bien avant la dégringolade des cours du marché et n’est pas un prétexte à illustrer en quoi pourraient ressembler les musées de demain…

A défaut de reposer sur un argumentaire écologique ou économique donc, exposer le vide relève d’un acte radical philosophique, politique et social.

Si le vide, notamment en Orient, remonte à l’origine des temps – Mathieu Copeland, curateur, cite la vacuité dans le Zen -, l’acte originel d’exposer le vide, défini au sens où aucun ajout, retrait ou amélioration de l’espace n’a été exercé, le point de départ de l’inventaire des vides réside dans l’exposition d’Yves Klein (1928-1962) à la galerie parisienne Iris Clert en 1958, intitulée « La Spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée ». Plus tard, mémorisée comme « Le Vide d’Yves Klein ». Soit une exposition clé dans l’histoire de l’art moderne, comme l’ont été « l’Armory Show » à New York en 1913 ou « 0,10 » à Saint-Pétersbourg en 1915. Pour l’artiste, elle visait à créer « une ambiance, un climat pictural sensible et à cause de cela même invisible ». Pour cette exposition originelle – si d’autres avant Klein avaient cogité sur le vide tels Dada ou Alphonse Allais, la maître du Bleu est le premier à être passé à l’acte. Bien que, stricto sensu, il avait peint les murs de la galerie en blanc, ce qui induit une amélioration faite à l’espace.
Mais, cette exposition servira de référence absolue aux autres artistes qui ont choisi la voie du vide à un moment ou un autre dans leur cheminement artistique.

Tels Art & Language (groupe fondateur de l’art conceptuel en 1968 autour notamment de Michael Baldwin), Robert Barry (né en 1936), Robert Irwin (né en 1928), Laurie Parsons (née en 1959), Bethan Huws (née en 1961), Maria Eichhorn (née en 1962) et Roman Ondak (né en 1966).

Chacun de ces artistes s’est tourné vers le vide, pour des raisons différentes – repousser les limites de l’action picturale, repenser l’objet d’art et son contexte, mettre en abyme le principe même d’exposition,…, -, comme l’expliquent les différents cartels accrochés dans le couloir central de l’exposition. Sauf pour Stanley Brouwn qui a désiré qu’aucune indication biographique ne doit donnée et  Laurie Parsons qui n’a pas souhaité de cartel à l’entrée de sa salle. A l’image du carton d’invitation de son exposition de 1990, qui n’indiquait que le lieu de l’exposition – la Lorence-Monk Gallery à New York – et omettait la date et le contenu de son exposition. Vide, bien sûr.

Les artistes sélectionnés ou pour Klein, ses ayant-droits, ont ici accepté d’actualiser leur exposition personnelle du vide pour la transposer dans les locaux du Centre Pompidou afin d’en faire une exposition collective. Les murs du musée national d’art moderne n’ont pas été modifiés pour reformer à l’exactitude l’espace des lieux d’expositions originales. Le choix des salles a été attribué à chacun des artistes selon le seul critère chronologique, dans le sens des aiguilles d’une montre à partir de la salle de référence d’Yves Klein.

Il y a ainsi eu un double glissement par rapport aux expositons d’origine, auquel s’ajoute un parallèle entre le temporel (exposition ancrée dans le temps) et l’atemporel (rétrospective d’expositions ayant eu lieu à des dates différentes).
In fine, « Vides » propose aux visiteurs de tester les différentes textures du vide. C’est également une invitation à célébrer l’architecture du Centre Pompidou, qui a commencé son histoire par un vide – celui du choix des architectes Piano & Rogers de ne pas occuper la piazza publique -. Enfin, ces murs blancs incitent à procheter mentalement les oeuvres des artistes associés à l’exposition et à les appréhender sous une nouvelle forme.

* Rencontres avec les commissaires (John Armleder, Gustav Metzger, Mai-Thu Perret, Mathieu Copeland, Clive Phillpot, Laurent Le Bon et Philippe Pirotte) de l’exposition les dimanches 1er, 8 et 15 mars 2009 à 15h30 (4,50€).
Et pour prolonger l’exposition: films blancs projettés au sein de l’exposition et livres vierges à la Bibliothèque Kandinsky!

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