Féminités dissidentes au 19e siècle
Jusqu’au 14 février 2027
Palais Galliera, 10 avenue Pierre Ier de Serbie, Paris 16e
À l’heure où le wokisme réveille la peur de la décadence des moeurs, le Palais Galliera met en valeur l’histoire des femmes du 19e siècle qui ont affirmé leur identité dans la société en empruntant les codes de la mode vestimentaire masculine.
L’exposition présente des pantalons d’amazone et de cycliste, des costumes tailleurs, des accessoires masculins (cravates, noeuds, hauts-de-forme) et l’ensemble encore jamais exposé de la totalité de la garde-robe de Rosa Bonheur, qui avait obtenu du préfet de Paris un permis de « travestissement », c’est-à-dire la possibilité de porter un pantalon pour travailler.
Les vêtements sont complétés de photographies et reproductions de caricatures « Mesdames’Messieurs » typiques du 19e siècle. « Il faut qu’elle fasse tout comme un homme. Elle s’habille comme un homme, ses jupes ressemblent à des culottes ; elle fume comme un homme, pas encore la pipe, mais ça viendra. Elle n’a pas plus grand plaisir quand il fait chaud, l’été, que de s’asseoir à la terrasse d’un café, de demander un café à la glace et de l’absorber avec des pailles comme le font ses voisins » (Jules Cayron, « Leur Café », La Vie Parisienne, 28 novembre 1896).
De fait, les femmes qui aspirent à une transformation de la société portent gilets et jaquettes cintrées, cravates, chemises et chapeaux d’hommes, jupe ou culotte de cycliste. Ces figures androgynes sont décrites comme des Don Juan modernes, que l’on accuse de voler les conquêtes des hommes.
Progressivement, les femmes vont se détourner de leur couturière attitrée pour démarcher des tailleurs (responsables du vestiaire des hommes) afin d’adopter l’accoutrement masculin à leur besoin, notamment pour le costume d’amazone, indispensable pour monter à cheval. Il se compose d’un corsage et d’une longue jupe qui dissimule un pantalon. Au grand dam des mentalités patriarcales.
La New Woman, surnommée hermaphrodite par ses détracteurs, instruite, défendant le droit des femmes, monte à vélo – la France compte près de 1 million de bicyclettes en 1900 – en blouse ou jaquette sur une culotte bouffante bifide (fendu en deux).
La maison Levi Strauss & Co (fondée en 1853) produit des salopettes en denim pour une clientèle masculine. Mais à l’entrée de la guerre des États-Unis, la firme brevette son premier modèle féminin (1918), les Freedom-Alls, dont un modèle est exposé pour la première fois.
Costume tailleur, vers 1904- 1905. CCØ Paris Musées, Palais Galliera
Le tailleur s’étant tourné vers les dames pour leur tenue d’amazone, il ne fallait qu’un pas pour qu’il conçoive un costume façon tailleur, rapidement dénommé « costume tailleur ». Pratique, sobre, il libère le mouvement et s’oppose à l’excès de garnitures typiques de la mode féminine du 19e siècle.
Les femmes l’accompagnent d’une série d’accessoires initialement masculins (cravate, manchettes, cols, noeuds) ; c’est le cross-dressing. « Cette culture matérielle pose la question du genre des objets et leur rôle dans la construction des identités dissidentes, trans et non binaires, qui s’affirmeront au siècle suivant », explique Marine Kisiel (conservatrice du patrimoine, responsable des colelctions de mode 19e siècle au Palais Galliera), commissaire de l’exposition.
Au-delà de l’esthétique des pièces présentées, l’exposition met en valeur l’ambition des femmes pour sortir de la société patriarcale. Elle pose en outre des questions essentielles sur la définition des genres. Un combo « beauté-réflexion » gagnant !