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« Faire de la mode, c’est comme écrire un roman » dit Sonia Rykiel

Sonia Rykiel, Exhibition

Jusqu’au 19 avril 2009

[fnac:http://plateforme.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Exposition-SONIA-RYKIEL–EXHIBITION-RYKIE.htm]

Musée des Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli 75001, 8€

Le musée des Arts Décoratifs offre un vibrant hommage aux 40 ans de la maison Rykiel, sous l’égide de son icônique créatrice, Sonia. Conçue comme une déambulation poétique dans un appartement privé, la scénographie alterne mannequins, photographies et vidéos. Une invitation à la découverte de la Femme Rykiel, bien au-delà des rayures et du strass.

« Plus qu’une exposition, il s’agit d’une exhibition, d’une mise à nue. Il a fallu remonter tellement loin dans les souvenirs… », commente Sonia Rykiel (née en 1930, à Paris). Vêtue de noir – sa couleur de prédilection -, pour mieux faire ressortir la pâleur de son teint slave et la rousseur de sa crinière.

A la fois frêle et intimidante, Sonia Rykiel s’exprime comme elle écrit. « Je ne pourrai pas faire de la mode sans écrire et inversement », affirme-t-elle. Sonia a notamment publié Et je la voudrais nue (1976), son premier livre qui révèle qu’elle aurait aimé vivre dévêtue – un comble pour une créatrice de mode! -, un abécédaire de la mode et des livres pour enfants.

D’où l’entrée de l’exposition qui se fait sous la voix de Sonia lisant un texte. Elle y parle d’elle mais aussi de sa fille Nathalie, qui a repris les rênes du groupe Rykiel. « Après la théâtralité des escaliers de la rue de Grenelle où Sonia présentait ses collections qu’elle scandait de poèmes ou de pensées lues, Nathalie insuffle la joie festive des filles en groupe, rompt avec la solennité péremptoire de certains défilés », analyse Olivier Saillard, commissaire de l’exposition.

Importance du mot, inscrit en strass sur les pulls en maille, qui deviennent la signature Rykiel. Pourquoi le strass? « Parce que c’est faux », répond Sonia. Or, la mode, c’est justement une manière de parader. Pour se montrer, s’exhiber, il faut d’abord parvenir à définir son style. « Savoir montrer ses jambes si on a de belles jambes, ses bras si on a de beaux bras ». Dénuder ses belles parties et cacher les autres. Mais avant tout dégager son port de tête. « Vous pouvez avoir des filles qui s’habillent mal mais qui ont de l’allure », poursuit S. Rykiel. « Le vêtement femme, c’est juste une tige, c’est la femme qui l’habille, lui donne vie ».

Castratrice du total look, la créatrice préfère « une mode qui se démode », un style intemporel à l’encontre des changements radicaux tels que les préconise l’univers de la mode. « Aucune vendeuse ne doit choisir pour une femme les vêtements qui lui vont, elle seule sait ce qui lui va le mieux ».

Employée dans la boutique Laura appartenant à son mari, Sonia se lance dans la création lorsqu’elle est enceinte de Nathalie. « J’ai créé une ligne de vêtements dédiée à la femme enceinte pour la sublimer car je ne trouvais rien qui me convenait. Aujourd’hui encore je crée pour moi. Je ne pourrai pas imaginer des vêtements que je ne voudrais pas porter », confie-t-elle.

Nathalie, entre, dans la maison Rykiel, d’abord en tant que mannequin (1975), puis en créant  la ligne Sonia Rykiel Enfant, lorsqu’elle même tombe enceinte. La maison Rykiel c’est donc une histoire de famille, une histoire de vie. « Ma plus belle réalisation reste la naissance de mes deux enfants [Nathalie et Jean-Philippe] », murmure Sonia. « Je suis une mère avant tout ».

La Femme Rykiel, définie comme « intelligente, belle, qui prend le temps de se regarder, de s’habiller », se meut dans des vêtements qui font corps avec elle: un pull en maille ou en jersey, court, aux coutures retournées, superposé d’un long châle. Ou bien une robe fleurie « papier peint » qui moule et épanouie sa silhouette. Pour le soir, mousseline, crêpe ou dentelle sont de rigueur. Une tenue aux harmonies douces qui contrastera avec un accessoire telle une écharpe en fourrure artificielle dont le ton donnera bonne mine.

Plus que la Parisienne, la Femme Rykiel incarne la Germanopratine. D’ailleurs la première boutique ouvre au 175, boulevard Saint-Germain-des-Prés, qui héberge depuis l’origine le siège social. La maison a subit un relooking à l’occasion de ses 40 ans, avec un nouveau concept architectural. A l’image des collections, qui se conçoivent comme autant de chapitres composant le livre dédié à la femme, écrit par la créatrice.

Sonia Rykiel est une légende vivante, adulée des artistes, de Andy Warhol à Robert Altman, et de ses pairs. En atteste l’extraordinaire cadeau d’anniversaire que lui ont offert les plus prestigieux créateurs (Jean-Paul Gaultier, Albert Elbaz, Martin Margiela, Rodarte, Christian Lacroix, Jean-Charles de Castelbajac, etc.). Lors du défilé du 1er octobre 2008, chacun a créé une tenue sur ce que lui inspire le style Rykiel (cf. ici).
Volontiers comparée à Coco Chanel pour ce qu’elle a apporté à la mode, Sonia Rykiel ne veut pas entendre parler d’hommage car elle affirme qu’elle ne le mérite pas. Toujours sensible à la pertinence linguistique, elle déclare: « Reconnaissance serait plus juste ».

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