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Plumes du Paradis

Voyages d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée

Jusqu’au 8 novembre 2026

#PlumesDuParadis

Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris 7e

Le musée du quai Branly aborde la diversité culturelle de la Papouasie-Nouvelle Guinée, île océanienne divisée en deux (partie ouest indonésienne, partie est indépendante), à travers l’iridescent oiseau de paradis.

Paradisier de Lawes (Parotia lawasii ), photo Dustin Chen

L’île semi-indonésienne, recouverte de forêt, montagnes, et plages à cartes postales (ou devrait-on dire maintenant « instagrammable ») a été à l’origine du commerce prisé des plumes d’oiseau de paradis.

Nelly Saunier, Arabustier © Adagp, Paris, 2026

Ce nom singulier, né d’un mythe (*) recouvre en réalité une diversité qui s’exprime à travers 17 genres et 45 espèces. Comme le montre en préambule de l’exposition une sélection de films de Tim Laman et un focus sur l’oiseau bleu, aux ailes d’un bleu à faire pâlir Vermeer ! Autre oeuvre significative dans cette section d’introduction : l’arbre de Nelly Saunier (Arabustier, série « Nature transformée » n°9, 2019), dont les feuilles sont composées de plumes d’ara hybride, que « l’artiste a patiemment collectées pendant trois ans en Amérique du Sud, lors de la phase de mutation de l’oiseau », commente Stéphanie Xatart, co-commissaire de l’exposition.

Cette oeuvre introduit l’habitat naturel de l’oiseau de paradis – la forêt – dont la diminution spatiale constitue une menace pour la survie de cet oiseau, remarquable non seulement pour son plumage bioluminescent, mais aussi pour sa danse nuptiale, qui en fait un véritable oiseau-artiste.

Coiffe de danse, portée par les hommes, encore aujourd’hui, milieu du 20e siècle © musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Pauline Guyon

En Nouvelle-Guinée, les plumes de l’oiseau de paradis, qui se concentre essentiellement dans la région des Hautes-Terres, sont utilisées dans les coiffes lors des cérémonies indigènes. Plumes et coquillages – importants biens d’échange – sont dressées sur des coiffes vibrantes de couleurs, qui contrastent avec le noir de la base ou du corps recouvert de charbon, symbole de vitalité, de force. Les paradisiers sont également considérés, notamment chez les Dani (vallée de la Baliem) ou les groupes de la baie de Cenderawasih (« baie de l’oiseau de paradis »), comme responsables de la nature mortelle des êtres humains et messagers des âmes des morts.

Carreau de revêtement. Style de Ali Mohamad Isfahani, céramiste qajar, Téhéran, vers 1865-1888 © musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Claude Germain

La seconde section de l’exposition explore le commerce des plumes de l’oiseau de paradis, dont le motif apparaît du sarong réservé à l’élite indonésienne, aux tambours de Dong Son au Nord du Vietnam, en passant par les décorations perses et la coiffe du couronnement du roi du Népal.

Le développement des échanges avec l’Occident au XVIIe siècle permet aux naturalistes et scientifiques d’étudier les espèces « exotiques ». Un tableau de Roelandt Savery en représente une sélection : ara de l’Amérique du Sud, dindon d’Amérique du Nord, casoars et oiseaux de paradis.

Broche Oiseau de Paradis, 1942. Or jaune, or rose, platine, rubis, saphirs, diamants. Coll. Van Cleef & Arpels, Paris © Van Cleef and Arpels

Au XIXe siècle, l’univers de la mode et des arts décoratifs s’emparent du motif du précieux oiseau : bijoux Cartier et Van Cleef & Arpels, robe du soir Yves Saint Laurent (haute couture, A/H 1969), peinture de Paul Jacoulet (Les Paradisiers, 1937), lampe art déco Les Oiseaux de Paradis (vers 1930) et parfum de Detchema de Revillon (1956).

Paradoxalement, cette mode des plumes destinée aux femmes – alors que leur usage dans les coiffes traditionnelles est plutôt réservé aux hommes, précise Magali Mélandri , co-commissaire de l’exposition -, engendre un mouvement de protestation féminin, un éveil des consciences, face au sort subi par les oiseaux pour en récupérer les plumes. À Londres, Boston, et Paris, des ligues de protection naissent tandis que les législations évoluent jusqu’à interdire l’importation des oiseaux exotiques.

Yamada MASAMI (né en 1938, Tokyo), Affiche publicitaire Air Niugini (compagnie aérienne créée en 1973), 1976 © musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Pauline Guyon © Air Niugini

Le dernier volet de l’exposition se recentre sur la Nouvelle-Guinée, qui adopte son drapeau national assorti d’un oiseau de paradis en 1971. Les artistes papous réinterprètent le motif de l’oiseau telle cette robe conçue et portée par Grace Nugi (2014), biologiste et Miss Papouasie-Nouvelle-Guinée (2014), ou ce tableau de Simon Gende, dans lequel l’oiseau de paradis pose au centre d’une composition qui mêle naturalisme, invention graphique, et mémoire culturelle.

Une exposition qui met en valeur la beauté de ces oiseaux symboliques autant que la nécessité de leur préservation car s’ils sont aujourd’hui protégés, ils n’en sont pas moins menacés par la déforestation et le changement climatique.

(*) Les oiseaux naturalisés, importés en Europe, avaient eu leurs pattes et ailes coupées pour la praticabilité du voyage, ce qui a laissé penser aux premiers naturalistes qu’ils pouvaient voler sans ailes !

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