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Matisse

1941-1954

Jusqu’au 26 juillet 2026

Grand Palais x Centre Pompidou, entrée square Jean Perrin, Paris 8e

Le Centre Pompidou organise au sein des espaces du Grand Palais la première grande exposition consacrée à la dernière période de création de Matisse (1869-1954). Des années de guerre (1941-1954) qui incitent Matisse à ne plus quitter son atelier du Sud et le libèrent des contraintes sociales pour inventer une nouvelle manière de peindre.

Henri Matisse, La Gerbe, 1953. Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile. Photo © The Hammer Museum, Los Angeles, USA © Fine Art Images/Bridgeman Images.

Loin de réduire Matisse à l’infirmité physique, cette période finale se révèle hautement prolifique tant au niveau de la variété des supports que du nombre d’oeuvres, commente Claudine Grammont (cheffe du cabinet d’art graphique, Musée national d’art moderne), commissaire de l’exposition.

Vue de l’exposition Matisse 1941-1954, Grand Palais x Centre Pompidou. Photo © Luc Castel, 2026

Après une opération dont il est « à un poil d’angora de frôler la mort », disait l’artiste, Matisse trouve un nouvel élan créateur et invente les papiers gouachés dessinés, qui lui permettent d’offrir des oeuvres d’une grande invention formelle et une synthèse entre le dessin et la peinture. Le mur devient support à part entière. Ce qui l’amène, lorsqu’il peint dans des formats cadrés, à réaliser des compositions qui semblent en sortir. Enfin, il publie des livres illustrés et s’attelle à son grand projet de vie : les vitraux.

Matisse réalise 200 papiers gouachés et 75 peintures en treize ans. Cette période résonne comme une apothéose, une libération créatrice, à l’abri des horreurs de la guerre, qu’il ne commente pas. À l’inverse de sa femme et de sa fille Marguerite qui s’engagent dans la Résistance. Néanmoins, Matisse exprime son patriotisme en choisissant de ne pas s’expatrier aux États-Unis, malgré les propositions d’enseignement. En outre, sa Blouse roumaine (1940) aux couleurs du drapeau français témoigne de son engagement passif.

Vue de l’exposition Matisse 1941-1954, Grand Palais x Centre Pompidou. Photo © Luc Castel, 2026

Matisse réalise La Lyre fin 1945, qu’il considère comme sa première gouache découpée. Deux ans plus tard, il recouvre un mur de la villa Le Rêve à Vence, de petits papiers gouachés découpés.

Henri Matisse, Branche de prunier, fond vert, 1948. Huile sur toile. Pinacoteca Agnelli, Turin Photo © GABRIELE CROPPI/Scala, Florence

Entre 1946 et 1948, Matisse réalise les « Intérieurs de Vence », des peintures sur chevalet dont les couleurs flamboyantes semblent sortir des limites du cadre. Les aplats de rouge, jaune ou vert sont aussi décoratifs que les branches d’une fougère ou celles d’un prunier déposées dans un vase sur une table. Le visage féminin y figure sans trait, telle une sculpture primitive.

Henri Matisse, Danseuse créole, juin 1950. Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile. Musée Matisse Nice Photo © GrandPalaisRmn / Gérard Blot

Le parcours se poursuit avec les grandes compositions en gouache découpée, dont les ciels de Polynésie (1946), en souvenir de son voyage à Tahiti en 1930 et la formidable Danseuse créole (juin 1850), réalisée en une seule journée avec son assistante. Son corps semble virevolter des structures géométriques des papiers gouachés découpés, ses yeux pétillent de malice, et les formes végétales ascendantes symbolisent l’élan créateur du maître.

Henri Matisse, La Vigne,1953-1954. Fabriqué par l’atelier Bony, vitrail, verre, plomb, structure métallique. Centre Pompidou, Paris Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. GrandPalaisRmn / image Centre Pompidou, MNAM-CC

On retrouve cette dynamique des volutes végétales verticales dans La Vigne (1953-54), donné au Musée national d’art moderne et présenté pour la première fois au public.

Matisse est invité par la chapelle du Rosaire, à Vence, à réaliser le décor du toit, du mobilier, des céramiques murales, des vêtements liturgiques et surtout des vitraux. Un projet de trois ans, considéré comme une oeuvre d’art totale.

Vue de l’exposition Matisse 1941-1954, Grand Palais x Centre Pompidou. Photo © Luc Castel, 2026

Le parcours se termine sur la série des Nus bleus (1952), qui transcrit une figure féminine statique ou en mouvement, et incarne la maîtrise de Matisse à synthétiser les formes.

Henri Matisse, La Tristesse du roi, 1952. Papiers gouachés découpés marouflés sur toile. Centre Pompidou, Paris. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. GrandPalaisRmn

L’oeuvre de Matisse exprime son ressenti face à la lumière du Sud. Il est dommage que l’on ne puisse pas percevoir pleinement cette luminosité, en raison de la fragilité des oeuvres mais aussi d’une certaine monotonie des cimaises blanchâtres dans les première salles. En revanche, la salle à l’étage avec ses vitraux lumineux et les papiers gouachés vibrants de couleurs comme Zulma (début 1950), La Tristesse du roi (1952), Nu bleu la grenouille (1952) sont un régal pour les yeux. Sans oublier l’épure du trait qui donne vie à des visages et des masques de manière remarquable.

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