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Leandro Erlich

Jusqu’au 6 septembre 2026

Grand Palais, entrée Clarence Dillon, avenue Winston Churchill, Paris 8e

Les installations trompe-l’oeil de l’artiste argentin Leandro Erlich (né en 1973) envahissent l’aile ouest du Grand Palais. Effet renversant assuré !

Leandro Erlich, Port of ReflectionDimensions variables. Structure métallique, bois, bateaux en fibre de verre, moquette noire, miroir, éclairage et système de mouvement. Courtesy Galleria Continua et Galerie Xippas

Focalisé sur les architectures du quotidien, Leandro Erlich aime jouer avec le « spectateur » – et non « visiteur » car il est acteur – pour lui présenter une réalité qui sort de l’ordinaire.

Maison, ascenseur, fenêtre, immeuble, piscine – Swimming Pool (1999) donne l’impression que les gens peuvent marcher sous l’eau – désorientent le regard habituel du public pour l’inciter à regarder de manière plus attentive et comprendre où se jouent les illusions d’optique.

Leandro Erlich, The Cloud – La Flèche, 2018. Encre céramique imprimée numériquement sur du verre ultra-transparent, boîtier en bois et éclairage LED. Courtesy Galleria Continua et Galerie Xippas © Thibaut Chapotot

Le parcours débute dans le noir, comme si l’on pénétrait dans l’imaginaire de l’artiste, pour découvrir trois oeuvres majeures. Port of Reflections (2014) est composé de bateaux qui semblent amarrés (bruit de l’eau et légère oscillation des barques à l’appui). The Cloud (2018) donne l’impression de voir des nuages capturés dans un écrin en verre. The View (1997) invite au voyeurisme du spectateur qui regarde à travers des stores douze scènes d’intérieur de l’immeuble d’en face.

La montée à l’étage se transforme en cage d’escalier avec son lot de prospectus au-dessous des boîtes à lettres, des bruits de musique qui s’échappent des paliers, et une grosse voix qui incite à fermer la porte !

Portrait de Leandro Erlich © Photo OKNO Studio

Un film (à la voix horrible d’intelligence artificielle et à la musique entêtante) synthétise la carrière de l’artiste, représenté par de prestigieux musées à l’international (Tate Modern de Londres, Museo de Arte Moderno de Buenos Aires, MACRO de Rome, Centre G. Pompidou, etc.).

Puis vient la présentation de 41 oeuvres ou maquettes d’oeuvres qui s’étendent de 1994 à 2026. Toutes surfent gaiement entre réalité et illusion.

Mais derrière l’humour affleure la critique. Comme dans la série de photographies issues de l’installation Turismo, créée en 2000 pour la septième Biennale de La Havane, qui dénonce la mondialisation des loisirs alors que les conditions climatiques ne permettront jamais par exemple d’avoir de la neige à Cuba pour pratiquer le ski.

Leandro Erlich, Bâtiment, 2004. Une façade de bâtiment posée à plat sous un miroir suspendu à un angle de 45 degrés © Leandro Erlich Studio

Si Window and Ladder – Too Late For Help (2008) évoque les ravages de l’ouragan Katrina et l’aide internationale parfois inadéquate ou insuffisante, la dernière oeuvre du parcours apporte une note d’allégresse avec Bâtiment, installation créée initialement pour Nuit Blanche 2004 et développée depuis dans de nombreuses villes en s’adaptant à l’architecture locale. Le spectateur s’allonge au sol et par un effet de miroir semble suspendu à la façade du bâtiment. Le jeu avec les mains et les jambes accentue cette impression de se raccrocher aux parois/rebords de fenêtre/toit, de la structure urbaine.

Cette première rétrospective de l’artiste au Grand Palais est un régal pour les sens et un réel stimulant pour confronter la logique de notre cerveau avec le réel.

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