Corée, 18e-20e siècle
Jusqu’au 04 janvier 2027
Musée Guimet, 6 place d’Iéna, Paris 16e
Pour son troisième volet consacré au cycle coréen (après Manga et Silla), le musée Guimet s’intéresse aux beaux-arts du royaume de Corée des 18e et 20e siècles, à travers l’art de la peinture en trompe-l’oeil. Centrée sur les représentations de bibliothèques et autres éléments culturels qui symbolisent l’élévation de l’esprit, ce type de peinture se décline sur des paravents, exposés parfois pour la première fois au public, dans la Rotonde du musée.
Cet art très connu en Corée se développe à la fin du 18e siècle dans le royaume de Joseon sous le règne du roi Jeongjo (r. 1776-1800), dont la principale préoccupation était d’éduquer son peuple à travers les livres.
Pour donner l’exemple, il s’entoure de montagnes de livres, qu’il finit par ne plus avoir le temps de lire ! Pour rester en contact avec cet élément essentiel de la culture qui permet de garder des traces du passé et de les transmettre aux générations futures, il imagine une bibliothèque en trompe-l’oeil, déclinée sur des paravents.
Les envoyés du royaume de Joseon à Pékin, alors capitale cosmopolite où oeuvrent les Jésuites, découvrent les cabinets de curiosité chinois et les apports artistiques européens comme l’art de la perspective représenté dans les églises. Les artistes coréens s’en inspirent pour développer leur propre notion de la perspective, le chaekgeori. Comme on peut le voir dans le portrait du dignitaire de haut rang Cho Man-yong, réalisé par Yi Han-chol, en 1845.
Progressivement, la place des livres dans les bibliothèques en trompe-l’oeil change. Objet d’élévation culturelle, à l’image du brûle-parfum, du service à thé, ou du vase en forme de carpe – éléments que tout fonctionnaire de haut rang se devait de posséder -, le livre se fait objet de collection que l’on expose à côté d’objets que l’on voudrait un jour posséder (objets venus de Chine ou du Japon), explique Dr Arnaud Bertrand, commissaire de l’exposition. « La bibliothèque peinte prend la forme d’un cabinet des désirs. Le livre perd sa valeur d’instruction pour devenir décoratif ».
Puis le livre devient lui-même un support : l’accumulation de livres permet de poser des objets dessus, comme un sac occidental, une horloge, une coupe de fruits, voire un paquet de cigarettes !
La scénographie, à la fois épurée et savante, met en évidence le rapprochement entre les livres de la bibliothèque du musée Guimet et ceux présentés dans l’exposition. Des objets, telle la jarre-lune en porcelaine qui symbolise l’idéal esthétique de la Corée du Joseon, fondé sur la retenue, l’équilibre et l’humilité, complètent ces oeuvres peintes, totalement méconnues en Occident. À découvrir !