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Le savoir en trompe-l’oeil

Corée, 18e-20e siècle

Jusqu’au 04 janvier 2027

Musée Guimet, 6 place d’Iéna, Paris 16e

Pour son troisième volet consacré au cycle coréen (après Manga et Silla), le musée Guimet s’intéresse aux beaux-arts du royaume de Corée des 18e et 20e siècles, à travers l’art de la peinture en trompe-l’oeil. Centrée sur les représentations de bibliothèques et autres éléments culturels qui symbolisent l’élévation de l’esprit, ce type de peinture se décline sur des paravents, exposés parfois pour la première fois au public, dans la Rotonde du musée.

Paravent à dix panneaux représentant une bibliothèque. Corée, époque du Joseon (1392-1910), 19e siècle. Encre, couleurs et or sur soie. Séoul, musée national de Corée © National Museum of Korea’s public work is used according to KOGL

Cet art très connu en Corée se développe à la fin du 18e siècle dans le royaume de Joseon sous le règne du roi Jeongjo (r. 1776-1800), dont la principale préoccupation était d’éduquer son peuple à travers les livres.

Paravent à dix panneaux représentant une bibliothèque. Corée, époque du Joseon (1392-1910), 19e-20e siècle. Encre et couleurs sur soie. Séoul, musée national du palais de Corée © National Palace Museum of Korea’s public work is used according to KOGL

Pour donner l’exemple, il s’entoure de montagnes de livres, qu’il finit par ne plus avoir le temps de lire ! Pour rester en contact avec cet élément essentiel de la culture qui permet de garder des traces du passé et de les transmettre aux générations futures, il imagine une bibliothèque en trompe-l’oeil, déclinée sur des paravents.

Délégation d’ambassades étrangères à la cour des Qing. Corée, époque du Joseon (1392-1910), 19e siècle. Huile sur toile. Paris, musée Guimet © Musée Guimet, Paris, Dist. GrandPalaisRmn / Thierry Ollivier

Les envoyés du royaume de Joseon à Pékin, alors capitale cosmopolite où oeuvrent les Jésuites, découvrent les cabinets de curiosité chinois et les apports artistiques européens comme l’art de la perspective représenté dans les églises. Les artistes coréens s’en inspirent pour développer leur propre notion de la perspective, le chaekgeori. Comme on peut le voir dans le portrait du dignitaire de haut rang Cho Man-yong, réalisé par Yi Han-chol, en 1845.

Élément de chaekgeori : Boyi et Shuqi, récit de la Chine pré-impériale. Corée, époque du Joseon (1392-1910), 18e-19e siècle/ Couleurs sur papier © Musée Guimet, Paris, Dist. GrandPalaisRmn / Thierry Ollivier

Progressivement, la place des livres dans les bibliothèques en trompe-l’oeil change. Objet d’élévation culturelle, à l’image du brûle-parfum, du service à thé, ou du vase en forme de carpe – éléments que tout fonctionnaire de haut rang se devait de posséder -, le livre se fait objet de collection que l’on expose à côté d’objets que l’on voudrait un jour posséder (objets venus de Chine ou du Japon), explique Dr Arnaud Bertrand, commissaire de l’exposition. « La bibliothèque peinte prend la forme d’un cabinet des désirs. Le livre perd sa valeur d’instruction pour devenir décoratif ».

Paravent de bureau à douze panneaux (détail). Corée, 1918. Encre, couleurs et or sur soie. Séoul, musée national de Corée © National Museum of Korea’s public work is used according to KOGL

Puis le livre devient lui-même un support : l’accumulation de livres permet de poser des objets dessus, comme un sac occidental, une horloge, une coupe de fruits, voire un paquet de cigarettes !

Jarre-lune miniature. Corée, époque du Joseon (1392-1910), 19e siècle. Porcelaine à couverte céladon. Paris, musée Guimet © GrandPalaisRmn (Musée Guimet, Paris) / Michel Urtado

La scénographie, à la fois épurée et savante, met en évidence le rapprochement entre les livres de la bibliothèque du musée Guimet et ceux présentés dans l’exposition. Des objets, telle la jarre-lune en porcelaine qui symbolise l’idéal esthétique de la Corée du Joseon, fondé sur la retenue, l’équilibre et l’humilité, complètent ces oeuvres peintes, totalement méconnues en Occident. À découvrir !

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