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La BD parle cash

Jusqu’au 06 septembre 2026

Monnaie de Paris, 11 quai de Conti, Paris 6e

La Monnaie de Paris s’empare d’un sujet vernaculaire – l’argent – abordé à travers le support de la bande-dessinée. De Picsou aux Freak Brothers, en passant par les Dalton et les Schtroumpfs, les héros du 9e art parlent cash avec humour et créativité.

Catherine Meurisse, Alchimistes, 2026. Encre de Chine et de
couleurs. Commande pour la Monnaie de Paris © Catherine Meurisse

Le parcours de l’exposition se décline autour de huit archétypes de héros, représentés par un.e auteur.e contemporain.e à qui commande a été passée : les aventuriers (Ugo Bienvenu), les voleurs (Blutch), les épargnants (Coco), les marginaux (Florence Cestac), les milliardaires (Nicolas de Crécy), les joueurs (Anouk Ricard), les faussaires (Thomas Ott), les alchimistes (Catherine Meurisse).

La première section explore le thème du trésor qui aguiche pirates et chercheurs d’or, mais aussi le lecteur. Trésor qui se révèle in fine dans le fait même de lire et « d’accorder une âme aux personnages », selon Damien MacDonald (auteur de BD), co-commissaire de l’exposition.

Will Eisner, The Spirit, 1982, couverture de Spirit, Magazine #38. Éditions Kitchen Sink Press © Photo musée de la Bande dessinée, CIBDI, Angoulême

Les voleurs compensent le méfait de leur acte en provoquant notre rire par leur maladresse et malchance, comme les Dalton ou les Rapetou. Par effet de miroir, ils glorifient les héros auxquels ils sont confrontés (Lucky Luke, les neveux de Donald, etc.).

Coco, Épargnantes et épargnants, 2026. Encre de Chine et de couleurs. Commande de la Monnaie de Paris @Coco, Corinne Rey

La BD permet l’apprentissage de l’économie familiale (Spirou, Pilote) à travers les personnages emblématiques de Boule et Bill, Astérix, les Schtroumpfs – représentés ici par « une planche originale rarissime et en couleur de Peyo « , commente Lucas Hureau, co-commissaire de l’exposition . La tirelire devient l’archétype de l’épargne.

Bandeau de l’affiche de l’exposition © Monnaie de Paris, 2026

Les marginaux s’incarnent dans les Pieds Nickelés, les Freak Brothers, Popeye. Ou encore Gaston Lagaffe et sa fameuse guerre contre les parcmètres. « Tu as payé pour rouler, maintenant paye pour t’arrêter », s’insurge Franquin au début des années 1970.

La représentation de la fortune pose problème à partir de 1939. De Batman à Largo Winch, les millionnaires sont confrontés aux implications sociales et psychologiques (névroses) que l’accumulation de richesses engendre.

Hugo Bienvenu, Total, Planche 6, 2021. Impression numérique © Éditions Denoël, 1986

La salle des joueurs est placardée au sol d’un faux jeu de Monopoly, au centre duquel Trump préside, ce qui permet de lui marcher allègrement sur la tête ! Goscinny et Morris dénoncent l’individualisme des joueurs.

Floc’h, Banque de France, Billet de 100 francs, Raymond Loewy,
1986. Encre de Chine et gouache. Éditions Carton / Collection
Floc’h

Les faussaires sont une thématique récurrente à travers le monde, de L’Île Noire d »Hergé au manga Lupin III de Monkey Punch.
Quant aux alchimistes qui transforment le plomb en or, ils traversent les époques, du Grand Schtroumpf à Moebius, en passant par Hugo Pratt et Druillet.

Le parcours à la fois chronologique et thématique fait prendre conscience de l’importance du 9e art pour traiter – sous couvert du rire – des enjeux de société. Cerise sur le gâteau, le visiteur découvre le robot Mikki d’Ugo Bienvenu, qui se demande ce que peut représenter l’argent à l’ère de la dématérialisation et de l’intelligence artificielle… Chaussez vos lunettes (les planches en noir & blanc donneront du fil à retordre aux presbytes) et courez voir cette exposition familiale !

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