De Monet à Hockney (1890-2026)
Jusqu’au 31 janvier 2027
Musée Marmottan Monet, 2 rue Louis Boilly, Paris 16e
Le musée Marmottan célèbre le centenaire de la mort de Monet à travers une exposition sur le paysage, genre mineur qui a acquis ses lettres de noblesse avec les impressionnistes. « Histoires de paysages » interroge le rôle du paysage dans l’Histoire, comment il s’en est affranchi au 20e siècle pour mieux s’y adosser au 21e siècle.
Simple arrière-plan dans les scènes religieuses, le paysage est devenu la raison première des peintures impressionnistes, avant de s’en extraire par la voie de l’abstraction, puis d’être de nouveau lié aux préoccupations contemporaines en raison de la catastrophe écologique que nous vivons.
© Alex Katz / ARS, New York 2026. Photo : Paul Takeuchi © Adagp, Paris 2026
Le parcours offre une jolie boucle des Nymphéas (vers 1914-1917) de Monet offerts à l’État français après les horreurs de la première Guerre mondiale, aux Reflets d’Alex Katz (2007) qui traduisent tout le chemin parcouru entre la quête de Monet et les artistes d’aujourd’hui.
L’exposition débute avec des paysages de guerre, dont celui de Félix-Édouard Valloton, Verdun Tableau de guerre interprété (1917), qui projette des formes cubo-futuristes pour déconstruire le paysage détruit par l’histoire.
L’abstraction naît de la contemplation de paysages. Piet Mondrian incarne cette bascule, ce moment décisif. Il est ici confronté aux Troncs d’olivier (1977) d’Anna-Eva Bergman. Le Paysage de Sicile (1954) de Nicolas de Staël jouxte celui de Pierre Buraglio (1990) et résonne avec celui de Charles Pollock (Untitled, green, 1964) qui offre la réminiscence d’un paysage vert.
Au 19e siècle, August Wilhelm Schlegel affirme : « le paysage n’existe que dans l’oeil/le regard du spectateur ». Un principe esthétique que l’on peut admirer dans les lignes dansantes – telle une calligraphie – de Jean Degottex (Sans titre, 1955) ou Le Rocher vert (1950) de Pierre Tal Coat.
Vient ensuite une succession de tableaux lumineux de Gauguin (Paysage, 1901) à Edward Hoper (Lighthouse, 1927) qui incarne à lui seul, à travers son phare fièrement dressé en haut d’une colline, toute l’Amérique.
1970. Vinylique et feuille de métal sur panneau de bois Isorel © Fondation Hartung-Bergman © Anna-Eva Bergman / Adagp, Paris 2026
Après les émouvantes Deux Lunes pour Hans de sa femme Anna-Eva Bergman (1970), on reste dans le pathos avec des oeuvres qui évoquent à la fois l’absence et le recouvrement à travers un paysages de forêt en Pologne, capturé par Johanna Quillet (2019).
« S’il n’y avait pas le titre, que l’on lit dans un second temps, après s’être approché de cette photographie lumineuse, on ne saurait pas, on ne comprendrait pas… Cette forêt, c’est à Sobibór qu’elle se trouve, aujourd’hui où la nature, imperturbablement, continue son travail de recouvrement. On lit, et on comprend, et l’on regarde d’une tout autre manière cette terrible indifférence du vivant à la mémoire des morts qu’elle enfouit dans l’oubli », commente Pierre Wat (historien de l’art, professeur à la Sorbonne), commissaire de l’exposition.
Guère plus réjouissante la vue d’un trottoir parisien au mois d’août tout gondolé ; effet d’excroissance qui s’oppose à celui de la rétractation de l’eau de la Mer Morte (Sunset Years #6 et #11, 2019), deux photograhies de Sophie Ristelhueber.
Des oeuvres fortes, qui appuient avec brio le propos de Pierre Wat. Une expo coup de coeur !