Collectionneur, créateur
Jusqu’au 8 mars 2027
Fondation Louis Vuitton, 8 avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, Paris 16e
La Fondation Louis Vuitton présente la collection et les propres oeuvres de Gustave Fayet (1865-1925). Un artiste méconnu aujourd’hui qui a pourtant collectionné les plus grands noms de l’art moderne (van Gogh, Gauguin, Redon, Cézanne, Degas, Renoir, Morisot, Matisse, van Dongen…).
L’exposition réunit 250 oeuvres (sur 750) aujourd’hui dispersées à travers le monde et 374 créations de Gustave Fayet, peintre et céramiste au style inclassable, empruntant à la modernité des couleurs de van Gogh et Matisse, aux formes voluptueuses de Gauguin, et au mysticisme des oeuvres de Redon.
L’artiste, né à Béziers, héritier du domaine viticole de la Dragonne, est le premier à collectionner van Gogh, à exposer Picasso et Gauguin dont il possède quelque 200 oeuvres au coeur de sa résidence parisienne rue de Douai (9e arrondissement). Fayet achète l’abbaye cistercienne de Fontfroide (1908), dans le Midi, qu’il décore de ses créations et d’un grand décor de Redon pour sa bibliothèque, la transformant en oeuvre d’art totale.
Le parcours est scindé en deux, entre les oeuvres collectionnées (10 de van Gogh, 78 de Gauguin, 86 de Redon) et les oeuvres de G. Fayet. Ses céramiques illustrent le passage de l’Art nouveau à l’Art déco.
Point fort de l’exposition, le à face à face entre l’Autoportrait à l’oreille bandée et à la pipe de van Gogh – exposé en France pour la première fois depuis 1937 -, et l’Autoportrait à la palette de Gauguin, une des rares oeuvres où ce dernier se représente avec un pinceau dans la main. « Elle réunit également pour la première fois Le Christ jaune, Portrait de l’artiste au Christ jaune, et Le Calvaire breton de Gauguin », précise Sylvie Patry (conservatrice générale au musée d’Orsay), commissaire de l’exposition.
En revanche, peu d’oeuvres d’artistes femmes à part Kees van Dongen et Berthe Morisot.
Parmi les créations de Fayet, citons ses céramiques créées en collaboration avec l’ancien élève de Rodin, Louis Paul (1858-1922), et surtout ses tapisseries au décor végétal exposées comme des tableaux sur les cimaises en hauteur. Elles étaient appréciées de Jeanne Lanvin au maharadjah d’Indore, en passant par Jacques Doucet et Robert de Rothschild.
Au-delà des pièces maîtresses comme La Baie de l’Estaque de Cézanne (1879-1883) ou Jardin public à Arles (1888) de van Gogh (non montrée en France depuis 1909), l’exposition permet de découvrir la lumineuse série des vues de Venise de Signac (1905), une vue de Paris de nuit (1900) de Bonnard, méconnue par rapport à ses intérieurs, et les scènes mystiques de Redon dont Le Soleil noir (vers 1900).
Une collection impressionnante, une exposition remarquable.