Un regard vagabond
Jusqu’au 8 mars 2026
Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, 71 rue du Temple, Paris 3e
Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme présente l’oeuvre méconnue de Denise Bellon (1902-1999), photographe française marquée par l’esthétique de la Nouvelle Vision et pionnière du photojournalisme.
Née Hulmann, à Paris, Denise épouse Jacques Bellon (1923) dont elle divorcera (1932) après la naissance de ses deux filles. Elle gardera son patronyme pour son activité professionnelle.
Denise intègre la coopérative Alliance photo, première agence photographique de l’entre-deux guerres. Seule ou avec le photographe Pierre Boucher (1908-2000), elle parcourt le monde et réalise des reportages dans les Balkans, au Maroc, en Finlande, à Djerba.
Elle documente la Résistance à Lyon, où elle se réfugie pendant l’Occupation. Puis couvre le maquis des Républicains espagnols cachés dans l’Aude, pour le Midi Libre, fondé par son deuxième mari, le journaliste juif roumain Armand Labin. Elle capture des images sensibles de la maison des Éclaireurs israélites à Moissac (Tarn-et-Garonne), refuge pour les enfants juifs et les orphelins de la Shoah.
Son regard curieux offre des vues insolites de la Tour Eiffel (1938), non pas prise dans sa grandeur mais dans l’enchevêtrement de sa structure métallique ; des vues en plongée du port de Marseille, où des marins tout de blanc vêtus, arpentent les quais (1936). Elle réalise un gros plan sur l’entrelacement de racines d’arbres (1939), une vue en contre-plongée d’une raffinerie de pétrole qui prend des allures de fusée qui s’élance dans le ciel.
Ses filles font l’objet de portraits artistiques avec Loleh qui flotte dans la piscine Molitor (1939) ou Yannick sur le tournage de son film Quelque part quelqu’un (1972). Denise Bellon immortalise les artistes (Joan Miró, André Masson, Salvador Dalí), réalisateurs (Paul Grimault) et écrivains renommés de l’époque (Simone de Beauvoir, Jean Giono, Jacques Prévert). Avec le même enthousiasme, elle capture les traits des enfants des bidonvilles de la Zone (périphérie de Paris) ou de Ben M’Sik (Casablanca), ceux défigurés des grands blessés de la guerre.
Sa sensibilité humaniste et sa créativité offrent un corpus d’images diversifiées et témoignent d’un esprit libre qui n’hésite pas à transcender les barrières sociales et communautaires.