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La Chine exposée à Paris avant les J.O.

China Gold
Jusqu’au 13 octobre 2008
Musée Maillol, 61, rue de Grenelle 75007, 8€

Dans la ville chinoise. Regards sur les mutations d’un empire
Jusqu’au 19 septembre 2008
Cité de l’architecture & du patrimoine, Palais de Chaillot, 75116, 8€

Le musée Maillol et la Cité de l’architecture organisent de manière concomittente une exposition sur le nouveau visage de la Chine. Art et architecture sont au coeur de la problématique chinoise, particulièrement sous les feux de la rampe médiatique au cours des derniers mois.


Les incidents liés au transport de la flamme olympique ne sont pas la seule raison de l’intérêt aigu de l’Occident pour l’Empire du Milieu (Zhongguo). Le tremblement de terre du 12 mai 2008, d’une magnitude de 7,8 a ravagé le centre de la région du Sichuan. Cette catastrophe naturelle a mis en avant la fragilité d’un pays soumis, en outre, à d’intenses mutations économiques et sociales. Face à la douleur de son peuple, l’actuel régime a su montrer un autre visage que celui habituellement affiché face aux libertés individuelles: une transparence et une ouverture à l’aide internationale, inattendues.

Dans ce contexte, les expositions du musée Maillol et de la Cité de l’architecture & du patrimoine prennent tout leur sens. Les deux insitutions culturelles parisiennes font découvrir au public occidental l’étendue des transformations d’un pays, certes autoritaire politiquement, mais qui s’engage sur la voie de la libéralisation.

La topographie des villes chinoises reflète les évolutions économiques du pays. Des voies apparaissent ou disparaissent en fonction des immeubles que l’on détruit ou construit. En atteste l’incroyable plan-relief de Pékin, présenté au RDC de la Cité de l’architecture & du patrimoine, jamais encore sorti de Chine.

Les artistes sont, quant à eux, passés d’une pauvreté extrême, disposant d’à peine de quoi acheter leur matériel, à une prospérité sans précédent, emménageant dans des maisons luxueuses et travaillant dans de vastes lofts. Parallèlement, toute une partie de la population urbaine vivotent de la vente d’objets recyclés, de gadgets en plastique.

Pour Alona Kagan, commissaire de l’exposition « China Gold », « la Chine vise la médaille d’or, non seulement pour rattraper mais pour dépasser le reste du monde – du moins en termes purement matériels ». Les mégalopoles chinoises développent en effet une architecture contemporaine dont la modernité et le luxe n’ont rien à envier aux riches capitales occidentales. L’emploi de l’or dans la décoration comme dans les oeuvres d’art symbolise la qualité supérieure. Le jaune est d’ailleurs la couleur impériale. De manière subversive, les artistes contemporains emploient cet élément traditionnel qu’ils incorporent dans un langage moderne.

Selon Alona Kagan, les artistes chinois ont été les premiers à souffler un vent de contestation à l’encontre du dogmatisme du Parti Communiste à la mort de Mao Zedong (1976). Wang Keping, qui est le seul artiste exposé au musée Maillol vivant hors de Chine, a osé toucher à la sacro-sainte figure de Mao pour le représenter en Bouddha (Idol, 1978), mettant à bas l’adoration du peuple pour son chef. « D’un point de vue occidental, ces gestes artistiques semblent banals, mais ils se révèlent extraordinaires dans le contexte d’un pays où toute expression artistique personnelle et toute consommation culturelle ont été réprimés, qualifiées de bourgeoises et sévèrement punies, parfois même de la peine capitale. De la part d’un artiste, né dans une famille d’artistes déchirée sous Mao, bannie de Shanghai et exilée dans le Nord pour y travailler dans les conditions les plus dures, un tel geste est un acte héroïque » (A. Kagan).

Plus tard, W. Keping a joué un rôle prépondérant dans le groupe des étoiles (Stars). Ce groupe d’artistes non officiels a installé ses oeuvres devant le Musée national des beaux-arts (1979). L’intérêt du public pour cette manifestation a incité les autorités à inviter le groupe à exposer à l’intérieur des murs l’année suivante. Néanmoins, l’exposition n’a duré que quelques jours, la police s’en mêlant et la fermant.

Suite à quoi, la répression après les événements de la place Tiananmen (1989) contraint les artistes à se disperser, voire à fuir le pays. Mais l’esprit de dissidence renaît quelques années plus tard sous forme la de happenings au niveau local. En particulier sous l’impulsion de Ma Liuming, qui expose son corps, s’automutile presque, face au public pour défier les autorités. Les mouvement s’unissent et deviennent une force en ébullition impossible à contenir. Aujourd’hui Ma Liuming ne s’exprime plus avec son corps. A la place, il peint ou sculpte son enfant souriant pour incarner le nouveau visage, lisse, que veut afficher le pouvoir en place.

« Ce qui importe pour l’Occidental, c’est de mieux voir pour mieux comprendre, éventuellement mieux réagir. Ce qui importe pour la Chine, au-delà de la rhétorique, c’est d’accepter d’être regardée et interrogée pour ce qu’elle est, non en fonction d’une image qu’elle s’efforce de maintenir », avance Frédéric Edelmann, commissaire de l’exposition « Dans la ville chinoise ».

Dans un même élan, les 30 artistes exposés dans « China Gold », affiche leur ironie et leur scepticisme face à la course à l’or, aux espoirs des ruraux quittant la campagne pour avoir des miettes de la croissance économique qui touche les villes (cf. Dream of Migrants ou Lueur d’espérance de Wang Qingsong). Ils décrivent la mutation des femmes qui exhibent leur corps; elles sont à la fois sublimées comme dans les campagnes publicitaires occidentales tout en étant effrayantes (cf. Portrait chinois, série L 2007 de Feng Zhengjie, 2007) ou effrayées (cf. Ange n°4 de Cui Xiuwen).

Deux expositions qui offrent chacune dans leur thématique un panorama des bouleversements qui s’opèrent si loin de la France et qui pourtant apparaissent déjà comme la nouvelle donne de notre planète globale.

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