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Quand Monet s’inspire de ses précieuses estampes japonaises

Chokosai Eishô, Portrait en buste de Kokin, Estampe de la suite: Galerie des beautés d'aujourd'huiLes Estampes japonaises de Claude Monet

25 novembre 2006 – 25 février 2007

Musée Marmottan Monet, 2 rue Louis Boilly 75016
01 44 96 50 33

Le musée Marmottan, sous l’impulsion de la conservatrice Marianne Delafond, a décidé de mettre de l’ordre dans ses cartons! Lorsque le second fils de Monet, Michel, meurt accidentellement (1966), son héritage est cédé au Musée Marmottan. C’est ainsi que l’entière collection des estampes japonaises de son père, abritée à Giverny, se retrouve empilée dans des cartons. Pour notre plus grand plaisir, car cette protection opaque a permis d’en préserver leur excellente qualité.

Deux cent trente-et-une gravures dites de l’Ukiyo-e – images du monde flottant ou images du temps qui passe – revoient enfin le jour.

Monet racontait avoir vu sa première estampe à 15 ans (1855), sur le port du Havre.
Simple anecdocte que l’Histoire contredit: les estampes japonaises ne parviennent en Occident qu’à partir de 1860, à Amsterdam, avant d’être dispatchées dans toute l’Europe. Les navigateurs hollandais étaient les seuls, en effet, avec les Chinois, à être autorisés à fouler le sol japonais durant le règne féodal des Tokugawa (1639-1853).
Monet n’a donc pu acheter sa première estampe qu’en 1871, lors d’un voyage en Hollande, à Zaandam. Soit, après l’Exposition Universelle de Paris de 1867, qui a vivement suscité l’intérêt des artistes et amateurs d’art pour les gravures d’Hiroshige II (1829-69), Kunisada II (1823-80), Sadahide (1807-73), et quelques albums de l’un des premiers collectionneurs français d’art japonais, Philippe Burty.

A cette époque, l’art de la gravure sur bois a déjà connu son apogée au Japon, dont les plus illustres maîtres sont Katsushika Hokusai (1760-1849) et Utagawa Hiroshige (1797-1858).

La combinaispon de couleurs (rouge, bleu, vert, rose issu de la fleur de safran) n’apparaît néanmoins qu’à la fin du XVIIIème siècle grâce au graveur Harunobu (1725-70).
L’estampe japonaise requiert un art de l’économie. La technique de la gravure – matière dure – impose au peintre une restriction des traits et des tailles. Les volumes, les personnages, et les objets ne sont définis que par la ligne extérieure. Seules les modulations suggèrent le relief. Ainsi, Hiroshige se contente de deux traits fluides et courbés pour évoquer le courant d’une rivière. Tandis qu’Kitagawa Utamaro (1753-1806) suggère avec une unique ligne le poids d’un sein, la tombée d’une épaule ou l’inclinaison d’une nuque.
Un style épuré qui se retrouve dans le choix de couleurs entières, posées en aplats, sans clair-obscur.

D’où le parallèle manifeste avec l’art du père de l’impressionnisme. « Le pont d’Asnières (1887) de Monet, finalement, c’est le pont de Tokaido d’Hiroshigue », souligne Me Delafond.
On retrouve chez les deux artistes, ce même amour de la nature, cette volonté commune de représenter l’instantané – la « contemporanéité » comme disaient les frères Goncourt – dans l’espoir d’immortaliser une beauté évanescente.
En 1876, Monet fait poser sa première femme, Camille, costumée en Japonaise devant un mur décoré d’éventails Uchiwa.

L’exposition se divise par thème:
* les femmes et les divertissements raffinés qu’elles offrent: Utagawa Sadahide, Utagawa Yoshifuji (1828-1944), Kitagawa Utamaro, Chobunsai Eishi (1756-1829);
* le livre Genji – roman écrit en 1001 narrant la vie amoureuse du fils non reconnu de l’Empereur, le Prince Genji, par une Dame de la cour impériale, Murasaki Shikibu, à la période Heian (794-1185) : Utagawa Kunisada II;
* les paysages (Mont Fuji, Soixante province, Edo): Katsushika Hokusai (1760-1849), Utagawa Hiroshige;
* la guerre sino-japonaise – Mizuno Toshikata (1866-1908), Migata Toshihide (1863-1923), Sho Kunimase (1874-1944);
* l’arrivée des Occidentaux dans le port de Yokohama – Utagawa Hiroshige II;
* le théâtre kabuki – Utagawa Toyokuni (1769-1825), Toshusai Sharaku (actif 1795/6), Ochiai Yoshiiki (1833-1904).

L’intérêt des estampes japonaises de Claude Monet, outre leur préservation exceptionnelle, réside dans l’éventail extrêmement large des genres qu’elles couvrent. En revanche, on remarquera – déplorera? – l’absence des estampes primitives et érotiques. Contrairement – non sans surprise – à la collection de Rodin. Madame Monet en serait-elle tenue pour responsable?!

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