Site icon Artscape

Peder Severin Krøyer

L’heure bleue

Jusqu’au 26 septembre 2021

Musée Marmottan Monet, 2 rue Louis-Boilly, Paris 16e

Aujourd’hui, je vous emmène au musée Marmottan Monet admirer de splendides reflets de lumière sur la mer nordique. Montée depuis début janvier, l’exposition « L’heure bleue de Peder Severin Krøyer » attendait sagement l’heure d’ouverture au public. Qu’il aurait été dommage de la manquer !



Peder Severin Krøyer
Soleil d’après-midi sur mer calme
1899 – Huile sur panneau – 27 × 35 cm Kerteminde, Musée Johannes Larsen ©The Johannes Larsen Museum

Il s’en ait fallu de peu. Grâce à la bonne volonté de la Reine du Danemark, qui a signé les autorisations adéquates en pleine crise de la Covid, les oeuvres danoises ont pu convoler vers Paris. Ville où Krøyer arrive en 1877 et y exposera régulièrement.


Laurits Tuxen
Portrait du peintre Peder Severin Krøyer
1904 – Huile sur toile, 184,3 x 116,8 cm, Budapest, Szépmu ̋vészeti Múzeum

Le parcours débute par un portrait fait de lui par son ami Lauritz Tuxen en 1904 (seule oeuvre de l’exposition non peinte par Krøyer). L’oeuvre précise d’emblée la manière dont Krøyer veut être perçu. Non pas comme un peintre mais comme un artiste ayant conquis les marches de la bourgeoisie. Il porte un costume clair, une lavallière, une cavalière. Il n’aura de cesse dans les oeuvres où il apparaît d’affirmer son statut social.

Il faut reconnaître qu’il a eu un début de vie difficile. Il naît en Norvège en 1851, d’un père inconnu et d’une mère souffrant d’une grave maladie psychiatrique. Il est envoyé chez sa tante à Copenhague. Doué pour le dessin, il entre aux Beaux-Arts. Dès ses vingt-ans un mécène lui permet de vivre de son art. Sa revanche sur les conditions de sa naissance est prise.

Du fait de la guerre prusso-danoise (janvier-octobre 1864), les artistes ne se rendent plus en Allemagne pour se former. Ils se replient sur Paris. C’est ainsi qu’une communauté de peintres scandinaves arrivent en début du XXe siècle dans la capitale française.


Marie Krøyer et Peder Severin Krøyer
Double portrait de Marie et Peder Severin Krøyer
1890 – Huile sur toile – 15 × 18,7 cm
Skagen, Skagen Kunstmuseer © Art Museums of Skagen

Krøyer en fait partie. Il fréquente l’atelier de Léon Bonnat et achètera toute sa vie ses tubes de peinture au marchand Sennelier. De retour à Copenhague, il épouse Marie Triepcke, peintre également mais sans succès. L’un peint l’autre dans un petit double portrait (1890), dans lequel on perçoit la finesse de la touche de Krøyer.

Le couple voyage beaucoup pendant un an, en passant par l’Autriche et l’Italie. Puis s’installe à Copenhague pour les hivers et les étés à Skagen, petit village de pêcheurs où réside une communauté d’artistes. L’exposition se focalise sur ces oeuvres estivales.

Dans chacun des tableaux, où les reflets de la lumière sont traités avec de forts empâtements de peinture, l’artiste parvient à renouveler sa vision des projections lumineuses sur la mer.

L’heure bleue définie ce moment en fin de journée – qui se produit également à Paris mais ne dure que quelques secondes – où la ligne d’horizon devient plus claire que le ciel mais plus sombre que l’eau (L’Heure bleue, 1907).


Peder Severin Krøyer
Hip, hip, hip, hourra ! Déjeuner d’artistes, Skagen
1887-1888 – Huile sur toile, 134,5 × 166,5 cm,Göteborg, Gothenburg Museum of Art © Gothenburg Museum of Art

Le parcours se poursuit avec des plus grands formats, parfois accompagnés de leurs esquisses. « Qui peuvent ne pas servir ! », commente Dominique Lobstein (historien de l’art), co-commissaire de l’exposition. Comme dans cette représentation de la « pendaison de crémaillère » de la maison achetée par le couple Anchen à Skagen. Réalisée entre 1884 et 1888, non pas sur le lieu-même, mais dans le jardin de l’hôtel Brondum à Skagen qui appartient aux parents d’Anna Anchen. Les esquisses nous permettent d’observer que Krøyer en profite pour représenter des absents qu’ils apprécient et en transformer d’autres comme les traits d’Helene Christensen devenus ceux de sa femme Marie !


Peder Severin Krøyer
Roses
1893 – Huile sur toile – 67,5 × 76,5 cm
Skagen, Skagen Kunstmuseer © Art Museums of Skagen

Face à cette salle « entre amis » sont mises en regard des oeuvres plus intimes dont un portrait de Marie lisant au pied d’un sublime rosier en fleurs (Roses, 1893).


Peder Severin Krøyer
Depuis la plage sud, Skagen
1883 – Huile sur toile – 137 × 122 cm
Kunsthalle zu Kiel © Kunsthalle zu Kiel, Photo : Foto-Renard, Kiel

Non loin, deux oeuvres sont à admirer. La première, Depuis la plage sud, Skagen (1883), représente des traces de pas sur le sable blond qui mènent à un homme, vu de dos, au loin. Le premier plan est consacré à la mise en beauté de la nature considérée comme une force divine dont toute force émane (essence du mouvement romantique naturaliste).


Peder Severin Krøyer
Soirée calme sur la plage de Skagen, Sønderstrand (Anna Ancher et Marie Krøyer marchant)
1893 – Huile sur toile – 100 × 150 cm
Skagen, Skagen Kunstmuseer
© Art Museums of Skagen

La seconde (Soirée calme sur la plage de Skagen, 1893) est l’oeuvre représentée sur l’affiche de l’exposition. Car c’est par elle que Krøyer a été redécouvert au Danemark, oublié des manuels d’histoire de l’art, l’artiste étant jugé trop académique. Cette oeuvre, qui met en scène Marie et Anna marchant au bord de l’eau, a été redécouverte grâce à sa mise en vente dans les années 1980 sur le marché de l’art.

L’artiste parvient à s’imprégner des ambiances des oeuvres dans les villes européennes où il expose, que ce soit à Venise, Munich, Bruxelles, Dresde, etc., et à en tirer une leçon personnelle qu’il rend avec brio. Pour en savoir plus, cliquez ici pour visionner un documentaire commenté par les commissaires de l’exposition.

Quitter la version mobile