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L’oeil sarcastique de Martin Parr

Planète Parr – La collection de Martin Parr

Jusqu’au 27 septembre 2009

[fnac:http://plateforme.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Exposition-PLANETE-PARR–PARR.htm]

Jeu de Paume – Concorde, 1 place de la Concorde 75008, 6€

Conçue en deux temps, l’exposition consacrée à Martin Parr au Jeu de Paume (Concorde) remet en place tout ego déplacé! L’artiste pose un regard sarcastique sur les « manies humaines » qu’il s’amuse à collectionner ou à photographier. Planète Parr présente les diverses collections de l’artiste – cartes postales, livres photographiques, objets divers, photographies d’artistes internationaux – et deux de ses séries photo personnelles. La célèbre Small World (commencée au milieu des années 1980), sur le tourisme de masse, présentée dans le jardin des Tuileries, et la dernière, Luxury (2004-2008), sur les milliardaires de ce monde. On rigole. Parfois jaune. Car, en toute honnêteté, qui oserait prétendre ne s’être jamais retrouvé dans une situation aussi ubuesque?

Bien sûr, l’artiste s’amuse à capturer le plus grotesque des comportements humains. En accentuant les couleurs criardes des casquettes et tee-shirts de touristes, en faisant de gros plans sur le détail qui « tue ». Comme le corps boudiné d’une privilégiée, dans une robe en soie rose bonbon, avec une tâche de gras laissé par un petit four ou l’indécence des invités d’une fête caricative qui se jettent sur les canapés. C’est d’autant plus choquant quand ces événements ont lieu dans des pays où les inégalités de niveau de vie sont béantes (Afrique du Sud, Emirats arabes, Russie). L’image d’un chat moscovite portant un collier de pierres précieuses à Moscou a de quoi faire bondir au plafond. Mais les photographies de nos compatriotes français aux courses hippiques (Prix de l’Arc de Triomphe, Chantilly) ou de nos cousins anglais (Royal Ascot) et allemands (Oktoberfest) sont à pleine plus glorifiantes!

« J’ai commencé la série Luxury avant la récession », explique le photographe, avec son accent pur londonien qui contredit sa mise volontairement simple (chemise à carreaux, pantalon, Birkenstock!). « Les photographies prennent aujourd’hui un autre sens. Cette ère de show off est révolue. Il y a toujours des milliardaires, mais ils afficheront de manière moins tapageuse leur richesse ».

Martin Parr (né en 1952, dans le Surrey, Angleterre) s’est fait connaître avec son ouvrage en noir et blanc Bad Weather, sur le climat britannique (1982), portant déjà signe de son humour singulier – à la fois moqueur et empathique. De fait, l’artiste ne se prend pas au sérieux. Il aurait de quoi, pourtant, en tant que membre de la prestigieuse agence Magnum Photos et représentant l’un des photographes les plus connus de la planète. Mais, Martin Parr rappelle que ses photographies sont autant une critique caustique de la société, ici des effets collatéraux du tourisme de masse ou de la richesse démesurée (selon lui, un problème, comme peut l’être la pauvreté), qu’une sorte d’autoportrait. L’homme ne se place pas au-dessus de ses sujets, il se place à la même enseigne. Le regard distant et l’humour britannique en sus.

Par la critique et l’humour donc, l’artiste remet en cause l’absurdité des rêves véhiculées par les images publicitaires et médiatiques. D’où sa collection d’objets des plus kitsch possibles entre un slip à l’icône de Barak Obama avec son fameux slogan « Yes, we can! », un tapis de WC à l’effigie de Sadam Hussein et de Ben Laden, un énorme paquet de chips promouvant les Spice Girls. Et j’en passe et des meilleurs!

Cette collection comprend également des objets qui portent les images d’un événement passé. « J’éprouve une grande attirance pour les objets éphémères. Leur signification et leur contexte culturel se modifient à mesure que le monde change ». Le voyage de Gagarine dans l’espace, l’ère de Thatcher, la grève des mineurs de l’hiver 1984/85, le 11 septembre 2001.

Cet intérêt pour l’éphémère et la gloire révolue d’un passé ou d’un lieu précis explique sa collection de cartes postales. Quand la télévision n’existait pas et les magazines n’imprimaient pas encore de photographies, les gens s’envoyaient des cartes postales pour témoigner d’un événement. Dès la fin du XIXe siècle, le public manifeste ainsi son goût pour le sensationnel et réclame des images sur l’actualité.

Dernier volet de l’exposition, les photographies et les livres photographiques collectionnées par Martin Parr (sa plus grande collection à ce jour). Une salle est consacrée aux photographies britanniques, avec les maîtres qui l’ont inspiré – Tony Ray-Jones, Chris Killip, Paul Graham, Graham Smith. L’artiste veut redorer le blason de la photographie documentaire à visée sociale qui n’a pas reçu, selon lui, le soutien officiel qu’elle méritait. Comme a pu en bénéficier la photographie française de l’époque.
Une autre salle est consacrée aux photographes internationaux tels Henri Cartier-Bresson, Robert Franck, Lee Friedlander, William Eggleston (A proximité de l’ancienne plantation de Wannalow, Missippi représente la première photographie couleur parvenue en Europe des USA), Rinko Kawauchi.

« Je suis née collectionneur. […] Elles [les collections] font écho aux thèmes qui m’intéressent en tant que photographe, un métier que j’associe à l’art du collectionneur. En appliquant un ordre à l’univers chaotique qui est le nôtre, en regroupant les choses par catégories, puis dans un livre ou une exposition, je parviens à affirmer de façon plus cohérente ma relation au monde. »

Un univers surprenant, surtout si l’on essaie d’imaginer l’artiste vivant au milieu de ses collections. Le commissaire de l’exposition, Thomas Weski (de la Haus der Kunst à Munich), lui même n’en revient pas : « Je croyais que la maison de Martin serait vidée de tous ses objets puisqu’exposées ici. Mais, entre-temps, Martin a déjà rempli sa maison de nouveaux objets »!

L’artiste est représenté à Paris par la galerie Kamel Mennour qui présente de manière concommittente l’exposition Playas de Martin Parr.

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