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Back Side

Dos à la mode

Jusqu’au 17 novembre 2019

Musée Bourdelle, 18 rue Antoine Bourdelle, Paris 15e

Le Palais Galliera, Musée de la mode de la Ville de Paris, investit l’ensemble des espaces du musée Bourdelle pour présenter « Back Side – Dos à la mode ». Une exposition consacrée au vêtement vu de dos, avec des robes mises en contrepoint des sculptures d’Antoine Bourdelle. Magnifique !


Jeanloup Sieff, Eve de dos, Kim Islinski, New York, 1997 [Haut et jupe Martine Sitbon, publiée dans New York 1997] © Estate of Jeanloup Sieff

L’exposition s’affranchit du regard obsédé de notre société sur le visage pour s’intéresser à notre perception du dos. Dissimulé sous les habits, le dos échappe à la vue et au toucher. Attisée par ce défendu, la mode s’en empare !

Le grand hall des plâtres sert d’avant-propos. A côté des statues colossales de Bourdelle, le visiteur observe des silhouettes de dos, sans vitrine, de cinq créateurs contemporains. Chacune aborde les thèmes qui seront déployés ensuite : surprise, nudité, humour, motif.


Givenchy, « Thaïs », body, jupe et ceinture portées par Cate Blanchett, Haute couture Printemps-Eté 2018

On découvre ainsi le décolleté sensuel de la robe Thaïs, composée en fait d’un body noir et d’une jupe à volant tye and die dans un dégradé d rouge et bleu, imaginée par Clare Waight Keller pour Givenchy (Haute couture, P/E 2018). Cette robe a fait le tour du monde lorsqu’elle a été arborée par Cate Blanchett à la montée des marches du Festival de Cannes le 14 mai 2018.

Autres robes phares de cette introduction : la robe de Martine Sitbon (Prêt-à-porter H/H 1997/98) structurée de face et déconstruite dans le dos telle « une asymétrie nécessaire », commente la designer.

Notons également la robe du soir de Karl Lagerfeld, alors directeur artistique de la maison Chloé (1963-1983). Le dos de la robe en crêpe de soie noire est brodée de pampilles et de strass Swarovski pour dessiner des gouttes d’eau déferlant d’un pommeau de douche !


Comme des Garçons, Ensemble, Printemps-Eté 1997
© Aurélie Dupuis/ Comme des Garçons/ Azentis

L’atelier d’Antoine Bourdelle est consacré à Rei Kawakubo et sa marque Comme des Garçons. Deux silhouettes de la collection Prêt-à-porter P/E 1997 sont recouvertes de tissus Vichy stretch tendues sur des protubérances au niveau des hanches et du dos. Afin de questionner la notion de corps idéal en détournant les déformations naturelles du corps humain.

Alexandre Samson (responsable de la Haute couture après 1947 et de la création contemporaine, Palais Galliera), commissaire de l’exposition introduit la thématique de l’aile Portzamprac en questionnant une ineptie certaine des diffusions sur réseaux sociaux. Lors du défilé de Prêt-à-porter féminin P/E 2019, près de 3524 mannequins ont défilé à Paris. Seules les vues des modèles de face ont été diffusées pour aller plus vite. « Ce qui nie la dimension tridimensionnelle du corps et du vêtement », s’alarme-t-il.

La première section de l’extension du musée Bourdelle expose des robes qui profitent du mouvement naturel du corps vers l’avant pour placer dans le dos des traînes ou des volumes qui prolongent la ligne. Telles les robes de Yohji Yamamoto (Prêt-à-porter A/H 1996/97) ou de Balenciaga.

L’exposition se poursuit avec les photographies de Jeanloup Sieff (1933-2000) qui fait du dos son thème de prédilection, traité en noir et blanc, de la nuque au talon (Back is Beautiful, 1985).


Yves Saint Laurent, Robe du soir courte, Automne-hiver 1970-71
© Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet

Emerveillons-nous ensuite devant la robe du soir d’Yves Saint Laurent, (Haute couture, A/H, 1970/71). Si le devant est strict et fermé jusqu’au cou, le derrière dévoile des trapèzes au haut des reins un dos légèrement voilé d’une dentelle de soie Chantilly.

Autant de finesse contrecarrée par les messages portées sur le dos de la mode du XXe siècle (dernière section). Le point culminant étant l’appropriation par le porno chic du haut des fesses révélées par le G-String de Tom Ford (Prêt-à-porter P/E 1997), témoin de la logomania ambiante. Heureusement, la robe du soir de John Galliano (Prêt-à-porter P/E 1998) vient relever le niveau avec une robe en maille de viscose, tulle brodé au point de chaînette et dentelle fleurie !

J’ai été tellement absorbée par la vision de ces robes sublimes que j’en ai oublié de noter le nom des sculptures de Bourdelle – mais je n’ai pas dit que je ne les avais pas admirées pour autant ! Une très belle exposition dans un lieu où il fait bon se rafraîchir. Bon à savoir si vous passez une partie de l’été à Paris !

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