“Ornements, crimes et délices”

Jacques Bosser, Neela, 2008, 7 ex. (c) Jacques Bosser / Adagp, Paris, 2009Jacques Bosser présente Charlotte Rampling en Sakura Viper
Jusqu’au 28 février 2009
Galerie Christine Phal, 29, rue Mazarine 75006. Entrée libre

Stéphane Calais, Ornements, crimes et délices, 2009. Vue de l'exposition à l'Espace Claude Berri (c) Photo Florian KleinefennStéphane Calais – Ornements, crimes et délices
Jusqu’au 28 mars 2009
Espace Claude Berri, 4, passage Sainte Avoye (entrée par le 8, rue Rambuteau) 75003. Entrée libre

“Ornements, crimes et délices”. Le titre de la nouvelle exposition de Stéphane Calais, exposé à l’Espace Claude Berri, pourrait s’appliquer à celle de Jacques Bosser (Galerie Christine Phal), qui déguise Charlotte Rampling en héroïne de manga. Quand la thématique du décor titille les artistes, il en ressort une réflexion sur la relation entre l’histoire de l’art et les temps modernes.

LES SCULPTURES-COLLAGES DE STEPHANE CALAIS

Stéphane Calais (né en 1967, à Arras) occupe une place importante sur la scène artistique française depuis une bonne dizaine d’année, estime la directrice de l’Espace Claude Berri, Aurélia Chabrillat. “Il a récemment été sous les feux de la rampe avec une importante exposition personnelle au Credac à Ivry sur Seine (2008) et a été nominé pour le Prix Marcel Duchamp 2008”. On se souvient aussi de sa participation à l’exposition collective Airs de Paris, présentée au Centre Pompidou (2008).

Stéphane Calais, H, 2007. Sérigraphies sur papier. Collection Claude Berri, Paris. L'Herbier d'Etretat, 2007. Sérigraphies sur PVC. Edition 1/4 et 4/4. Collection Claude Berri, Paris (c) Photo Florian KleinefennClaude Berri (1934-2009) était un collectionneur assidu de son oeuvre. En atteste L’herbier d’Etretat (2007) et H (2007), sérigraphies, respectivement sur PVC et papier, accrochées dans la pièce qui faisait office de bureau au producteur et réalisateur cinématographique.

Les autres oeuvres de l’exposition ont été réalisées spécifiquement pour habiller l’Espace Claude Berri, loft lumineux qui répond au concept de white cube. Ouvert au public il y a tout juste un an, l’institution se veut une transition entre un lieu d’exposition et une galerie d’art.

Stéphane Calais, La Pléiade, 2008. Sérigraphies sur papier (c) Photo Florian KleinefennHabillé dans toute sa hauteur, un mur latéral est recouvert de sérigraphies sur papier, La Pléiade. A prirori, le visiteur fait face à une série de personnalités. On jurerait reconnaître, ici Victor Hugo, là Napoléon Bonaparte. Tout faux! Les 60 tirages ont été réalisés à partir de 8 portraits imaginés par l’artiste, dessinés au lavis, vectorisés, superposés et combinés. Le résultat est troublant. Les traits des visages se superposent, leur donnant du relief et différents angles de vue. Au point, parfois, de ne plus en distinguer les lignes faciales. L’artiste aime en effet confondre la méthode de fabrication, l’espace et le temps – certains portraits représentent des attitudes modernes, d’autres semblent issus des siècles passés -.

Stéphane Calais, Série Ornements, crimes et délices, 2004-2008. Technique mixte (c) Photo Florian KleinefennUne superposition qui se retrouve dans la série Ornements, crimes et délices (2004-2008), qui donne son titre à l’exposition. Des macramés suspendus au plafond retiennent des ballons de basket, recouverts de fausses plantes vertes ou de plumage. Un décor kitsch qui relie les temps passé et moderne, étudie les formes propres aux arts décoratifs et incarne une sculpture-collage, marque de fabrique de l’artiste.

Stéphane Calais, Série Ornements, crimes et délices, 2004-2008. Technique mixte (c) Photo Florian KleinefenEn atteste Magnolia (2008). A partir d’un dessin, représentant une plante dont les courbes rappellent celles des corniches, Stéphane Calais a réalisé une sculpture en métal peint vernis. Sur laquelle il évoque les prémices de l’oeuvre en aimantant des feuilles de papier blanche, autrement dit, des feuilles de dessin. Vue de profil, l’oeuvre prend du relief et semble s’animer dans l’espace.

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CHARLOTTE RAMPLING ALIAS SAKURA VIPER

Jacques Bosser, Calintz, 2008, 5 ex. (c) Jacques Bosser / Adagp, Paris 2009Après une enfance africaine, Jacques Bosser s’est établi à Montrouge, en banlieue parisienne. C’est là qu’il a invité l’actrice Charlotte Rampling à revêtir une tenue de guerrière japonaise. Posant derrière un décor abstrait aux couleurs chatoyantes – décor mis en parallèle, dans l’exposition, avec les huiles de l’artiste -, Charlotte Rampling incarne une double contradiction. Si sa tenue vestimentaire renvoie à l’adolescence, son visage, non retouché, témoigne du passage des années. Par ailleurs, ses attributs et sa coiffure la mettent en position de guerrière, alors que ce statut est généralement occupé par les hommes. Enfin, l’oeuvre elle-même comprend sa propre ambiguïté: s’il s’agit bien d’une photographie, elle est travaillée comme une peinture.

A la fois Amazone et héroïne de manga, Charlotte Rampling incarne à merveille le thème du travestissement, cher à l’artiste.
De prime abord, ces deux expositions paraissent visuellement faciles. Certains pourraient snober et vilenpider cet art contemporain, qui ne se révèle pas d’emblée. Mais, la réflexion des artistes se dévoile progressivement à qui veut bien prendre le temps d’observer attentivement les oeuvres. Quitte à mettre son ego dans sa poche et oser poser des questions aux galeristes pour en connaître les tenants et aboutissants!

Pour marque-pages : Permaliens.

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