Le mythe de l’instant décisif

Henri Cartier-Bresson – Images à la sauvette

Jusqu’au 23 avril 2017

Pour acheter le catalogue de l’exposition : 

Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, Paris 14e

La Fondation Henri Cartier-Bresson s’attaque au slogan de « l’instant décisif » qui a collé à l’oeuvre de Henri Cartier-Bresson (1908-2004) toute sa vie, en présentant quelques clichés de l’ouvrage qui en est à l’origine… dans sa version américaine et non française !

En 1952, les éditeurs français Tériade et les américains Simon and Schuster proposent à Henri Cartier-Bresson de publier un recueil de photographies, alors que celui-ci revient de trois ans de voyage en Asie (Inde, Indonésie, Birmanie, Chine), pays alors peu touristiques. L’artiste et son beau-frère George Sadoul (historien du cinéma) retiennent pour le titre Images à la sauvette. Les éditeurs américains souhaitent une formule plus accrocheuse – la postérité leur donnera raison ! – et le traduisent par « The Decisive Moment ».

Dès sa sortie, le livre rencontre le succès grâce à son côté novateur : force des images comme unique forme de récit et grand format de maquette qui permet de déployer pleinement les clichés en 24 x 36 cm. L’impression en héliogravure est réalisée par les meilleurs artisans de l’époque : les frères Draeger. L’ouvrage est considéré comme « une bible pour les photographes » selon Robert Capa. La couverture en papier découpé réalisée par Matisse, alors au faîte de carrière, déstabilise les Américains qui auraient préféré une photo. Mais elle renvoie à la passion de l’artiste pour la peinture. « Etant enfant, j’en faisais le jeudi et le dimanche, j’y rêvais les autres jours ». Henri Cartier-Bresson décrit d’ailleurs souvent sa photographie comme une « abstraction d’après nature ».

Selon Agnès Sire (directrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson), « L’erreur, le quiproquo de cet instant décisif accolé au nom de Cartier-Bresson est en fait qu’il est devenu une sorte de norme, comme s’il n’y avait qu’un bon moment, celui où tout est en place de façon géométrique. De nombreux photographes se sont fourvoyés en tentant d’imiter cet équilibre. Malgré cela, cette notion s’est imposée et a quelque peu simplifié la façon dont l’oeuvre d’Henri Cartier-Bresson a été perçue, comme un arbre qui cache la forêt ».

Et de demander quel est le moment décisif ? Celui où le photographe (son inconscient) décide de faire la photo ou celui où il appuie sur le bouton après un temps de pose de plusieurs minutes ? Car Henri Cartier-Bresson n’a pas fait que capturer des images à la sauvette et immortaliser un instant qui aurait été autrement à jamais disparu. Il a reconnu avoir choisi certains cadres et attendre qu’il s’y passe quelque chose. Comme dans cette image de Grèce où une jolie fillette monte une volée escaliers.

Cette exposition change le regard que l’on porte sur l’oeuvre de HCB. Devant chaque image, on se pose la question de sa « naturalité ». Dans cette perspective, ses images de ses voyages en Asie (2e étage) paraissent plus souvent prises sur le vif – et sont donc percutantes – comparées à celles d’Europe (Italie, Espagne, France – 1er étage), où certes la composition est travaillée mais manque de dynamisme.

 

 

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