L’Italie à l’honneur de la MEP

Gabriele Basilico. Le théâtre Carignano, Turin, 2009 (c) Gabriele BasilicoGabriele Basilico – Le Théâtre Carignano de Turin
Jusqu’au 30 août 2009

Ferdinando Scianna – La Géométrie et la Passion
Jusqu’au 11 octobre 2009

Maison Européenne de la Photographie, 5/7 rue de Fourcy 75004, 6,50€

Endoscopie du théâtre Carignano (Turin, Italie) par Gabriele Basilico et radiographie du monde exercée par Ferdinando Scianna. Les deux nouvelles expositions de la Maison Européenne de la Photographie confrontent le visiteur à du grand Art italien.

Construit fin XVIIe-début XVIIIe siècle, le théâtre Carignano à Turin a été conçu pour divertir les princes de Carignano. Il a accueilli de grands auteurs (le dramaturge Vittorio Alfieri), danseurs (compagnie de Carlo Goldoni) et acteurs.

Plusieurs fois restauré, le théâtre a fait l’objet d’un nouvel embellissement entre 2007 et 2009. Dans le cadre du projet « Piémont. Une définition » pour Agarttha Arte, Gabriele Basilico (né en 1944, à Milan) a photographié cette luxueuse cure de jouvence. Il a choisi le noir et blanc, utilisant sa traditionnelle chambre 10×12. Le résultat est époustouflant.

Gabriele Basilico. Le théâtre Carignano, Turin, 2009 (c) Gabriele BasilicoSelon la commissaire du projet, Adele Re Rebaudengo, « l’exploration du chantier du théâtre Carignano est conçue comme un voyage intérieur, le regard pénètre au coeur d’un système d’échafaudages et de passerelles qui sature l’espace au point de le rendre invisible et indéchiffrable ».

Le photographe capte les différentes étapes de la restauration, jusqu’au lever de rideau final, le 2 février 2009, pour la représentation de Zio Vanja (Oncle Vania) d’A. Tchekhov. Gabriele s’ingénue à construire de nouvelles perspectives dans le chaos et le désordre, à dégager de nouvelles lignes de fuite. A proposer un nouveau point d’équilibre dans ce lieu fascinant.

La série de prises de vue s’apparente à une endoscopie d’un état en (dé)construction que le spectateur ne pourra plus voir autrement que par le souvenir de ces clichés. G. Basilico nous fait découvrir l’envers d’un décor, celui du plus ancien théâtre de Turin.

Deux étages plus haut, Ferdinando Scianna (né en 1943 à Bagheria, Sicile) expose pour la première fois en France cent vingt photographies datées à partir des années 1960 et qui ont fait l’objet de nombreux livres – support naturel et privilégié de la photographie pour F. Scianna. L’artiste se fait d’ailleurs connaître par un livre, Feste religiose in Sicilia, qui témoigne de la ferveur religieuse sicilienne. L’ouvrage reçoit le prix Nadar (1966), le jeune homme a tout juste 21 ans.

Ferdinando Scianna. Marpessa en Dolce & Gabbana, Villa Palogonia, Bagheria, Sicile, 1987 (c) Ferdinando Scianna / Magnum PhotosFéru de littérature, F. Scianna divise son exposition en chapitres thématiques qui couvrent l’essentiel de sa brillante carrière. Photographies de reportage alors qu’il entre à l’agence Magnum grâce à son ami et maître Henri Cartier-Bresson – les deux hommes partagent un même regard à la fois impliqué et lucide sur leur sujet – et de mode. En 1987, Dolce & Gabbana, alors inconnus, font appel au photographe sicilien. Son premier modèle s’appelle Marpessa, qu’il immortalise dans les rues de son pays natal et plus tard à travers le monde.

Paradoxalement, l’artiste n’aime pas commenter ses oeuvres par ses propres mots. Il préfère recourir aux citations d’auteurs qu’il admire (Leonardo Sciascia, Milan Kundera, Jorge Luis Borges), de photographes dont il s’inspire (HCB, Elliott Erwitt, Mario Giacomelli). Exception faite à l’occasion de cette magnifique rétrospective, pour laquelle il livre quelques-unes de ses réflexions sur la photographie. En voici des extraits.

« Le débat sur la photographie comme art m’est totalement étranger. Affaire d’étiquette, de vanité, de frustrations sociales, de marché. Si la photographie n’est pas un art, tant pis pour l’art ».

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« La photographie est pour moi un métier, une manière de vivre, le filtre à travers lequel j’entre en relation avec le monde, et le monde avec moi. Je ne prétend pas – je ne prétends plus – changer le monde avec une photographie. Je m’obstine à croire, cependant, que les mauvaises photographies le rendent pire.
[…] Les photographies montrent, elles ne démontrent pas. Je crois que l’on peut inverser le lieu commun qui veut que la photographie soit le miroir du monde: le monde est aussi le miroir de la photographie.
En définitive, en quoi consiste mon travail de photographe? Regarder en essayant de voir? Regarder en espérant voir? Moi, le photographe, que fais-je? Une phrase de Pouchkine me revient alors à l’esprit, oubliée depuis plus de trente ans: Raconte et ne fais pas le malin. »

Doté d’une personnalité à la fois forte et humble, Ferdinando Scianna est convaincu qu’au final, « la plus grande ambition d’un photographe est de finir dans un album de famille »! Pour lui, la photographie doit rester artisanale, comme les ateliers de la Renaissance, pour rester en rapport avec le monde et l’histoire. « Ce qui lui a épargné bien des impasses où une grande part de l’art contemporain s’est fourvoyé et où la photographie semble, malheureusement, vouloir aussi se précipiter. »

Ferdinando Scianna. Polizzi Generosa, Sicile, 1964 (c) Ferdinando Scianna / Magnum PhotosComme chez Cartier-Bresson (exposé un étage en dessous), on retrouve dans les photographies de F. Scianna le sens du détail humain, insolite. Doublé d’une mise en valeur de la forme, des formes, du geste. Une esthétique à la fois néo-réaliste, à l’image du cinéma italien des années 1940/50 – et profondément poétique.

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