L’Enfer selon Rodin

La Porte de l’Enfer, 1880-vers 1890, bronze, fonte réalisée par la fonderie Alexis Rudier en 1928 pour les collections du musée, S.01304, © musée Rodin, ph. J. de Calan DES FORMES VIVANTES, EN DEHORS DE LA PORTE 19—Le Vieil Arbre, avant 1896, bronze (fonte au sable, George Rudier, avant 1986), S.02892, ©musée Rodin, ph. C. Baraja DES FORMES VIVANTES, EN DEHORS DE LA PORTE 20— Paolo et Francesca dans les nuages, 1904-1905, marbre, S.01147, © musée Rodin, ph. C. BarajaAux origines de La Porte de l’Enfer

Jusqu’au 22 janvier 2017

Catalogue de l’exposition: 

Musée Rodin, 77 rue de Varenne, Paris 7e

Le musée Rodin part aux sources de l’oeuvre centrale de l’ensemble la carrière de Rodin : La Porte de l’Enfer. Oeuvre iconique autant pour le sculpteur que pour l’histoire de l’art.

Rodin obtient en 1880 la commande d’une porte. Elle devait, à l’origine, être destinée à la façade du futur musée des Arts décoratifs que l’Etat français veut créer sur le modèle du South Kensington Museum de Londres (actuel Victoria & Albert Museum). Rodin est alors un artiste peu connu. Il a passé la majeure partie de la décennie 1870 en Belgique et a du batailler pour imposer sa première grande figure, L’Age d’airain, au Salon de 1877.

Le Penseur sur chapiteau, plâtre, S.03469, © agence photogra- phique du musée Rodin, ph. P. Hisbacq

 

Pour cette commande, Rodin se lance dans des recherches pendant près de 10 ans ! Il fait d’abord référence à la Divine Comédie de Dante, comme requis par le sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, Edmond Turquet. Rodin accorde surtout de l’importance à la première partie du recueil, L’Enfer, dans laquelle Dante décrit sa traversée de neuf cercles infernaux, guidé par le poète latin Virgile, afin de rejoindre au Paradis sa bien-aimée Béatrice.

Cariatide à la pierre, plâtre patiné, 1881, S.02856, © agence photographique du musée Rodin, ph. J. Manoukian

Par la suite, Rodin s’inspire des Fleurs du Mal de Baudelaire. L’oeuvre gagne alors en sensualité et séduction.

Couple enlacé ou cercle des amours, 1880– 1886, lavis d’encre (brune) ; plume-encre (noire) ; crayon au graphite Inscription(s) : en haut / en bas sur le papier réglé : Françoise Paolo-Virigile et Dante-Contemplations / l’amour profond comme les tombeaux Baudelaire / Abruzzesi très beau, D.05630, © musée Rodin, ph. J. de Calan

Pour son oeuvre finale, le sculpteur travaille autant la dimension architecturale (bas-reliefs, pilastres, éléments décoratifs) que les personnages grouillant à la surface. Fasciné par le corps, Rodin dessine, modèle, et retravaille sans cesse ses créations antérieures pour en saisir tous les élans de l’âme. Une cinquantaine de « dessins noirs » permettent d’observer cette recherche de la composition et du mouvement.

L’artiste crée ainsi un répertoire de figures qu’il réutilisera tout au long de sa carrière. Ce sont ces formes – dont Le Penseur, Le Baiser, Ugolin, La Danaïde, Les Ombres – qui propulsent l’artiste sur le devant de la scène artistique.

Pourtant, lorsqu’en 1900 Rodin expose enfin sa Porte, elle est dénuée des figures et des groupes qui auraient du peupler sa surface ! Sans doute parce que dix ans après le début de ses recherches, ses conceptions esthétiques ont beaucoup évolué. « Il est probable qu’il aurait aimé apporter des transformations qu’il n’avait pas anticipé », avance François Blanchetière (conservateur du patrimoine), commissaire de l’exposition.

Une exposition que j’ai trouvée fascinante et essentielle pour comprendre l’oeuvre de Rodin.

 

Taggé .Lien pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *